Nocturnes
J’ai marché sous la pluie dans la ville endormie,
J’ai vu des lapins bleus au bord d’un cimetière
Où un vieux corbillard en guise de taxi,
N’ayant plus de vivants, portait des morts en terre.
J’ai vu des chiens errants lisant des magazines
Où des rats s’accouplaient à des chevaux lubriques
Regardant défiler les grandes limousines
Où pèchent en riant des femmes impudiques.
Une chatte albinos descendait le trottoir
Au bras d’un vieux monsieur plein de décorations
Qui marchait lentement, rêvant de femmes noires
Urinant, accroupies, sur un cheval d’arçon.
J’ai vu aux carrefours des suppliciés moroses
Et des enfants rieurs regardant les pendus
Qui ornent au printemps les beaux cerisiers roses
Tels des chauves-souris au long des avenues.
Sous les corps calcinés des pendus magnifiques
Que balance le vent poussent des mandragores
Nées des cadavres nus sous des ciels mirifiques,
Orchidées de la nuit se nourrissant des morts.
J’ai vu des escargots portant des parapluies,
Des limaces accroupies auprès des urinoirs
Où des femmes lascives pour tromper leur ennui
Scrutaient leur destinée au fond de leur miroir.
Je reviendrai souvent au temps du désarroi
Rêver d’un ciel fantasque et de glauques amours
Car il faut de la nuit pour cacher ses émois
Quand un désir troublant n’ose se dire au jour.